Quand je suis tombée enceinte, il y a deux-trois trucs auxquels je me suis préparée : je me doutais que les grasses matinées ne seraient plus bientôt qu’un lointain souvenir, j’imaginais bien que les soirées et autres sorties se feraient plus rares, je m’étais résolue à devoir descendre les poubelles à une fréquence dingue, couches pleines obligent.
En revanche, il y a d’autres effets que je n’avais pas du tout anticipés : passage en revue !

Je suis musclée des bras

Ça ne m’était jamais arrivé.
Soulever, porter, reposer son enfant ; dans la foulée, soulever, porter, reposer le second, le tout des dizaines de fois par jour (un changement de couche, un repas sur la chaise haute, une sieste dans le lit à barreaux, un bain, un câlin… le compteur finit par s’emballer à la fin de la journée) : force est de constater que ça dessine bien bien bien le biceps. Mais ce n’est pas tout. Pousser la poussette est un exercice intéressant dans son genre. Cabrer pour passer un trottoir, ça mobilise pas mal de muscles ; et quand je dois rouler sur les pavés ou une autre surface caillouteuse, j’ai l’impression de faire une séance de power plate (feu le power plate d’ailleurs devrais-je dire si j’en crois les salles qui ont mis la clé sous la porte dans les alentours  ?) : encaisser les vibrations de la route en serrant fermement les poignées de la poussette pour maintenir le cap et l’allure, c’est somme toute assez sportif. A moi les fines bretelles.

Je chante. Tous les jours.

Je n’ai pas une voix hors du commun, pas vraiment de coffre non plus, et la justesse laisse franchement à désirer : si on m’avait dit que je pousserais la chansonnette chaque jour que Dieu fait, je ne l’aurais jamais cru. Et pourtant, je me produis quotidiennement, à grand renfort de Gypsie l’araignée qui est tombée par terre, de moulins qui tournent et de petits poissons qui nagent bien. Pour jouer avec les enfants, pour faire passer la dernière cuillère de purée, pour détourner l’attention de celui qui se tortille comme un ver quand il s’agit de l’attacher dans la poussette, pour faire passer les gros chagrins. Je me produis même en public, sur la route, quand ma fille donne dans la chanson de circonstance (Sur le pont d’Avignon quand on passe un pont, Bateau sur l’eau quand on croise une péniche, etc etc) et m’intime de faire les chœurs. Et bon conclusion, le soir, je suis comme Céline Dion, j’ai besoin de ma tisane au miel.

Je suis très souvent malade

J’avais une santé de fer. Jamais chez le médecin, aucun arrêt de travail, des hivers traversés sans le moindre rhume : j’étais persuadée que le kiwi que je mange tous les matins de protégeait contre les assauts des virus. Que nenni. C’est juste que je n’avais pas d’enfants.
Des enfants qui ramènent à la maison tout ce qui transite à la crèche, qu’on embrasse à qui mieux mieux sans rien suspecter encore, qui nous fourrent les doigts dans la bouche avant qu’on ait eu le temps de passer par la case lavage de mains, qui nous éternuent dessus quand le rhume se déclare, et qu’il faut désencombrer à l’aide du mouche-bébé dont l’étanchéité est relative.
Rhino-pharyngites, sinusites, gastros : ça fait deux hivers que je déguste comme jamais. Je redoute le jour où ils auront des poux.

Je vais hyper fréquemment à la poubelles à verres

Avant c’était au maximum tous les deux mois, généralement un dimanche aprèm – le temps d’émerger sans se presser, de bruncher tranquillement – pour balancer les vestiges d’une soirée entre copains.
A présent, c’est tous les quinze jours, le dimanche matin – pas trop tôt non plus pour ne pas me faire détester par les riverains qui feraient la grasse matinée – et mon sac est composé à 90% de petits pots pour bébé (oui, la compote, je l’achète toute faite, et un petit pot viande/légumes de temps en temps, ça dépanne bien). Et bon bref, il n’y a plus que deux Heineken qui se battent en duel. Les temps changent.

Je parle de manière très alambiquée

Car notre aînée comprend tout et n’en perd pas une miette. Alors on doit parfois utiliser des messages codés.
Toutes les subtilités de la langue française y passent : on se creuse les méninges pour trouver des synonymes, on révise les figures de style (vous vous souvenez des métonymies ?), on épelle, on parle en verlan, on glisse des anglicismes (avec l’accent ou non, c’est selon), on dit le contraire du mot de base (le « taureau qui pleure », vous l’aimez sur une tartine ?), des fois on mélange tout en même temps au point que nous-mêmes on ne se comprend plus et qu’on se regarde avec des yeux ronds comme des soucoupes, à ne pas savoir s’il faut aller chercher du lait dans le frigo ou  faire couler le bain. Car ça dépend des interprétations.

On vit comme des vampires

C’est-à-dire qu’on sort quand la luminosité décline.
Soit c’est l’hiver : les enfants se réveillent de la sieste, goûtent, je les change, les prépare pour sortir… nous sommes prêts : il est 17h00, il fait quasiment nuit. Et bon, l’aire de jeux version nocturne, ce n’est pas terrible. Alors on file généralement au Jardin Couvert.
Soit c’est l’été : même timing que précédemment pour que tout le monde soit paré pour sortir, mais en plus il faut éviter les UV et les températures caniculaires. Deux bonnes raisons pour mettre le nez dehors tard dans l’après-midi et pour marcher à l’ombre.
Moralité, nous arborons tous un teint blafard, hiver comme été !

J’ai un look épuré

Je ne passe pas ma journée en pyjama et avec le cheveu gras, certes, mais je me suis connue plus apprêtée que cela.
J’ai renoncé aux boucles d’oreilles après avoir évité de justesse d’avoir un lobe coupé en deux par une petite main qui ne me voulait pourtant aucun mal. J’ai renoncé aux colliers parce que ces mêmes petites mains risquaient de me les réduire en pièces à force de tirer dessus. J’ai renoncé au rouge à lèvres bien rouge parce que – je vous le donne en mille – ça attire les petits doigts de celui ou celle qu’on porte dans les bras, et bon, si c’est pour avoir le make-up de Bozo le clown avec du rouge à lèvres du nez jusqu’au menton, non merci. Pareil pour les coiffures un peu élaborées qui se retrouvent avec des mèches folles échappées du dispositif, ce qui n’était pas prévu au programme. Du nude, du sobre, de la queue de cheval, et je suis prête.

On mange à l’heure espagnole

Car le soir, après l’épisode du bain des enfants, on les fait manger en supervisant mais sans prendre notre repas pour autant. On préfère se poser une fois que tout le monde dort. On enchaîne donc bains, repas (qui dure une éternité… avec notre fille qui mange lentement), lavage de dents, dernier pipi pour la route ou couche, histoire et hop au lit. On range, on fait la vaisselle des petits, on cuisine, et tiens, il est 21h30, c’est l’heure de s’attabler enfin. Et de souffler un peu. Olé.

On ne part plus à l’improviste

Enfin disons que j’ai besoin de 30 minutes en moyenne avant de quitter l’appartement. C’est incompressible. Le temps de checker la couche du petit, faire faire une pause pipi à la plus grande, les habiller ou les couvrir davantage s’il le faut, les tartiner de crème solaire si la période s’y prête, déplier la poussette et atteler la planche de skate, prévoir la capote de pluie ou capote UV selon la météo, préparer le sac à langer, le sac du goûter, et les éventuels jeux pour les occuper si nécessaire… Je peux difficilement faire moins, mais je m’entraîne !

Je fais des activités que je n’avais pas faites depuis des millénaires

Je dessine, je colorie, je fais de la pâte à modeler, de la peinture, des gommettes, des puzzles 6 pièces, du découpage, des trucs en rouleaux de PQ, je joue aux petites voitures, au foot, à la marelle, je traque l’apparition des canards et des cygnes au bord de l’eau, je vais sentir des fleurs. Ca me change des business plans et du reporting. Et pour le moment, ce n’est pas pour me déplaire ! Il va quand même falloir que je songe sérieusement à réviser les tables de multiplication pour continuer à être partie prenante pour les années à venir. Et à poser des divisions aussi.

Je prends ma ration quotidienne de câlins et de bisous

Ils adorent, j’adore, j’en profite. Les câlins du matin, mon fils qui me sert fort fort fort dans ses petits bras, ma fille qui fait le petit koala, les batailles de bisous à même le sol de leur chambre quand ils se réveillent de la sieste, les retrouvailles le mardi après-midi à la crèche, les bisous du soir… Toutes les occasions sont bonnes. Alors je fais des provisions avant qu’en bons ados, ils exigent que je respecte un périmètre de sécurité quand il faudra les emmener au collège.

A propos de l'auteur

Trentenaire pour quelques petites années encore, lyonnaise d'adoption, maman de deux enfants, en quête perpétuelle de bons plans pour se simplifier la vie !

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