Quand la menace du vomi planait sur tous les repas, j’angoissais à chaque fois qu’on s’attablait. Chaque bouchée était une petite épreuve, le seau à gerboulis était toujours caché mais à portée de main, et la fidèle serpillière était dans le couloir, prête à faire feu, avec de l’eau bien propre et son petit bouchon de produit. J’angoissais MAIS en mode youpi tralala, un rôle de composition donc, pour ne pas faire peser sur les repas trop de pression contre-productive etc etc.
Oui, car notre entourage a beau nous répéter « qu’un enfant ne se laisse pas mourir de faim », et bien ça ne rassure pas. Je mets au défi cet entourage de rester serein à l’occasion d’une journée bien cauchemardesque qui commence par un biberon de 150ml péniblement terminé (hypothèse haute !) et se termine le soir par une purée vomie.
Dorénavant, chez nous, les vomissements sont presque de l’histoire ancienne. Mais pour autant, les repas restent, à mon sens, éprouvants. D’abord parce qu’il y a toujours quelques haut-le-cœur, et même s’ils sont mieux maîtrisés, ils peuvent encore tout faire déborder s’ils sont trop violents. Ensuite parce que les quantités restent très très minimes et que les apports caloriques sont loin d’être colossaux. D’autre part, les repas sont excessivement longs (près d’une heure et demie) et même si je fais place nette, tout est prétexte à diversion : une miette, une goutte d’eau, un bout de sopalin… un rien détourne ma fille de son assiette. Et puis, un truc qui m’ennuie aussi : on gaspille beaucoup ; je n’ai jamais autant jeté de nourriture, et je n’ai pas été éduquée comme ça. Et pour finir, j’ai parfois du mal à placer le curseur entre la réelle hypersensibilité et les refus alimentaires courants à son âge. Quand du fromage blanc trop épais provoque un réflexe nauséeux mais qu’une cuillère de Nutella bien collant passe comme une lettre à la poste, j’ai quelques fois l’impression d’être le dindon de la farce.
Bref, tout ça pour dire que dorénavant je suis nettement moins angoissée au moment des repas… mais ils sont parfois source d’agacement.
Alors qu’est-ce qui fonctionne pour garder néanmoins son self-control ?

Une hygiène de vie pas trop déséquilibrée

Ça paraît tout bête mais dormir suffisamment m’aide à rester calme. Fini le coucher à minuit, surtout quand on se lève à 6h30. Je fais même des trucs de sexagénaires, à savoir mettre des boules quiès (récupérées cet été à Musilac) quand l’homme de la maison décide de rester jouer les prolongations devant la télé. Le mode avion sur mon téléphone, deux pages d’un bon bouquin et je dors. Mon objectif : 8h par nuit.
J’essaie d’aller courir 2 fois par semaine : le mardi matin quand la plus grande est à l’école et que le plus petit est à la halte-garderie ; le week-end quand le papa peut me relayer. Je fais quelque chose pour moi, je me défoule, j’écoute à fond des radios d’ados (oui parce que si à la maison j’écoute France Inter, il faut reconnaître que ça ne vaut pas tripette pour courir à un bon rythme).
Je prends des compléments alimentaires sur les bons conseils de mon médecin. Magnésium et oligo-éléments.

Détourner son attention sur autre chose

Quand je désespère de ne pas voir l’assiette se vider (alors que j’aide, je motive, je félicite, je négocie…) et que je ne suis pas loin de la saturation, plutôt que de tourner en boucle sur le problème, je focalise sur autre chose. Notamment mon fils qui à presque 18 mois suit en toute discrétion son petit bonhomme de chemin. Il mange seul (et ne tolère aucune aide, cherchez l’erreur), des morceaux, sans traîner et en quantités très satisfaisantes. Un peu dans l’ombre de sa sœur qui attire tous les regards au moment des repas. Alors je me concentre sur le côté positif de la table.
Et s’il faut que je fasse une plus grosse pause mentale, il m’arrive – plus rarement – d’allumer la radio : c’est généralement l’heure de la Bande Originale sur France Inter. De la musique, du divertissement, du rire, et ça fait du bien.

Enguirlander un objet

J’ai récemment fait une séance de PBA et la thérapeute m’a expliqué – entre autres choses – que si on ne pouvait pas dire ses quatre vérités à quelqu’un, on pouvait les dire à un objet. Apparemment, même si le message n’est pas adressé à la personne concernée, le cerveau retient que ce message a été exprimé, et cela suffit à obtenir un certain soulagement. Et puis à la toute fin du processus, il faut jeter l’objet en question à la poubelle.
J’ai pour ma part retrouvé une fausse poupée vaudou que j’avais achetée chez Urban Outfitters à Londres il y a belle lurette. A l’époque, mon objectif était de la personnaliser avec la photo de mon ex (dans l’emplacement plastifié prévu à cet effet, pile sur la tête), d’émasculer l’homme en question par télépathie et de lui souhaiter une bonne gastro lors de son prochain rendez-vous galant (le tout avec un rire effrayant de hyène enragée, évidemment). J’ai finalement abandonné l’idée et la poupée. Et bref, je l’ai retrouvée dans un vieux carton. Comme ma fille n’est pas responsable de son hypersensibilité, et que je pense sincèrement que ses difficultés sont encore réelles, je ne peux pas la blâmer. Alors c’est la poupée qui trinque. Je peux librement lui dire que j’en ai assez. Assez assez assez. Et en effet ça fait du bien de dire son ras-le-bol.

Faire une pause rigolade

Une pause bien méritée une fois que les enfants sont couchés pour la sieste ou pour la nuit. Un café / une tisane et un bon fou rire, ça fait du bien : ça fait retomber la pression, ça change les idées, ça met dans de meilleures dispositions. Les remix sans queue ni tête de Question pour un Champion qui tournent en ce moment me font littéralement pleurer de rire. A écouter sans modération.

Passer la main

Quand ça fait trop longtemps que je prends sur moi, quand ma patience et ma bonne volonté s’émoussent, j’ai la chance de pouvoir passer la main à mes parents. Les vacances scolaires sont l’occasion de faire une pause pendant une petite semaine. Les grands-parents sont ravis d’avoir les petits, ils prennent les choses avec plus de distance et de philosophie (mais reconnaissent quand même que les repas – pour la demoiselle – sont compliqués et en définitive assez frugaux), les enfants sont contents de changer d’atmosphère et je peux faire un break. Un break TOTAL sur les quatre repas quotidiens pendant sept jours. Mieux que le all inclusive du Club Med : la semaine en mode solo à l’appart ;)

Et pour finir, une petite citation de Boris Vian.

J’ai toujours été fan de Boris Vian, et il y avait en particulier un extrait que j’adorais pour son excès et pour sa chute pleine de retenue, en rupture totale avec ce qui précède. (Du moins c’est comme ça que je l’interprétais. Mais bon ça se discute).
Et bref, lire (dans ma tête, ça va de soi, histoire d’épargner les candides oreilles de mes enfants qui n’ont pas l’habitude de me voir jurer comme un charretier) la litanie d’insultes de ce plombier mécontent devant une installation mal fichue a quelque chose de libérateur, et sa conclusion édulcorée me fait sourire.
Warning : la phrase suivante pique les yeux tant elle contient de gros mots de la pire espèce. Vous êtes prévenus !
« Si je tenais le salaud […] à la graisse de couille de kangourou qui a foutu ce nom de Dieu de bordel de merde d’installation d’une façon aussi dégueulasse… eh bien… comme on dit, je ne lui ferais pas mes compliments ».
Vian, Les Fourmis, « Le Plombier ».

Sur ce, bon courage !

A propos de l'auteur

Trentenaire pour quelques petites années encore, lyonnaise d'adoption, maman de deux enfants, en quête perpétuelle de bons plans pour se simplifier la vie !

2 Responses

  1. Drine

    J’aime beaucoup lire vos textes. Ils sont tellement…juste. Vous avez une façon pleine de fantaisie d’alléger la réalité assez pénible à vivre au quotidien. J’ai beaucoup ri sur l’expression du dindon de la farce…peut être parce que bien souvent j’ai l’impression que ma fille profite un peu…

    Répondre
    • Mon petit doigt m'a dit

      Bonjour Drine, je suis très touchée, merci !
      Cela me fait plaisir que ces petites tranches de vie fassent écho à ce que vivent d’autres parents, et qu’elles permettent de dédramatiser un peu la situation !
      Et lire votre message me touche d’autant plus que les informations nationales me serrent le coeur aujourd’hui ; votre compliment lui met un peu de baume et ça fait du bien…

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.