J’ai plutôt de la chance, le syndrome de dysoralité sensorielle de ma fille ne l’a pas rendue néophobe (je touche néanmoins du bois, croyez-moi). Elle goûte donc plutôt bien volontiers ce qu’elle ne connaît pas. Cela dit pour séduire (et fidéliser aussi) la demoiselle, j’ai parfois l’impression d’exercer 58 métiers à la fois. Avec une nette sur-représentation des fonctions support (oui en même temps, la prod, je ne la compte pas, faire à manger pour le repas étant la base) (tout de même).

La R&D est devenue mon nouveau dada, avec à la clé, des tests innombrables de nouveaux produits, de nouvelles recettes, de nouvelles préparations. Moi qui étais complètement routinière sur le sujet, j’ai complètement changé mon fusil d’épaule. Avec à la clé, même si le taux de réussite n’est pas exceptionnel, quelques succès qui viennent gonfler les rangs des plats-amis.
Niveau commercial, franchement, j’ai bien progressé. Il faut dire que d’une, je partais de zéro (plus mauvaise que moi pour vendre un truc, ça n’existe pas) et que de deux, ma cible  – haute comme trois pommes – est quand même assez influençable. De la proposition alléchante en veux-tu en voilà, de l’argumentaire en béton armé, de la relance (sans relâche ET à tous les repas), de l’incentive (une petite récompense lorsque c’est mérité : un peu – presque – comme du chantage, j’avoue, mais en vachement plus positif) : j’actionne un maximum de leviers.
Sans oublier la petite couche de market’ qui va bien. Et que je package le bidule à base de vaisselle savamment choisie et de présentation semi-artistique (une ma-gni-fique composition à base de cheveux en spaghettis, d’yeux en gruyère râpé et de sourire en sauce tomate, quand on a toujours été nulle en arts plastiques, ça rivalise presque avec un tableau d’Arcimboldo, en toute humilité évidemment). Et que je peaufine le nom de mon plat pour appâter le chaland : un café, une feuille et un papier, 30 minutes, go go go, et que les idées pleuvent. Merci bien.

En ce moment, nous avons au menu :

  • « Les petits arbres de la forêt », comprenez des brocolis, qui sont drôlement meilleurs depuis que je les dépèce en mini-branches, que je les dispose convenablement et que Brocéliande a élu domicile dans notre assiette. Bon par contre, on a un gros gros objectif de déforestation à la fin du repas.
  • « Les bananes cachées » : tout simplement des cubes de bananes à tremper dans du chocolat fondu. Mais « cache-cache » étant LE jeu tendance du moment (avec ma fille qui part compter jusqu’à treize en passant par le quatorze tout en faisant l’impasse sur le douze, autrement dit, qui compte de manière aussi fiable que le tirage du loto), je surfe allègrement sur la vague, et ça marche. On pique un cube, on le cache en le plongeant dans le chocolat, on mange, qu’est-ce que c’est rigolo, vite on recommence. Bingo.
  • « Les chips de quenelle » : elles n’ont de chips que le nom. Ce sont en fait des quenelles coupées en tronçons de 5mm d’épaisseur que je fais revenir dans une poêle. Les rondelles dorent un peu (pas trop, ma fille n’aime pas quand les aliments sont trop bronzés…), se bombent très légèrement, elles sont moelleuses à l’intérieur, un peu croustillantes à l’extérieur, leur goût est neutre de chez neutre : un franc succès.
  • « La soupe de crottes de nez » : autre grosse tendance du moment, les blagues qui tournent autour de la cuvette des toilettes, apparemment très en vogue dans la cour de récré, et avec des aberrations (genre « crotte de pipi ») qui font littéralement s’écrouler de rire les enfants. Maintenant que ma fille va à l’école, on n’a plus l’occasion de préparer ensemble les légumes du midi ; on essaie de se rattraper de temps en temps le soir. Récemment, nous avons fait pour toute la famille une soupe de pommes de terres / courgettes / vache qui rit. Nous avons bien entendu frimé devant le papa qui revenait du travail (moi parce que je cuisine assez peu en dehors des repas pour les enfants et que le vrai cuistot de la maison, c’est Monsieur ; ma fille parce que quand il s’agit d’intéraction avec la nourriture, on valorise, toujours). Alors qu’on énumérait la liste des ingrédients utilisés, on a dérapé vers la blague version Petite Section de Maternelle, et la couleur verte aidant, paf, la crotte de nez a fait son apparition dans la composition de la soupe. Et bien rire comme des fous, ça fait manger vite et bien : incroyable. Moi je dis : vivement la mousse au chocolat maison ;)

A propos de l'auteur

Trentenaire pour quelques petites années encore, lyonnaise d'adoption, maman de deux enfants, en quête perpétuelle de bons plans pour se simplifier la vie !

4 Responses

  1. Drine

    Toute mon admiration pour une si grande imagination autour de l’assiette de ta fille…quelques fois ici c’est le néant…manque d’inspiration…ma fille ce sont les couleurs foncées et les doubles textures…

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    • Mon petit doigt m'a dit

      Bonjour Drine, ça me fait plaisir de te lire ! Rassure-toi, ce n’est pas tous les jours que je sors le grand jeu ! Il y a des fois où le bâtonnet de poisson pané essaie de faire bonne figure, bien esseulé au milieu d’une assiette… quelconque ;) Très bonne idée les couleurs, ça me donne des idées, merci ! A bientôt !

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  2. Drine

    Oups je suis mal exprimée. Ma fille souffre de troubles d’oralité alimentaire du en grande partie a un rgo . Elle bloque entre autre sur la double texture et les couleurs foncées…

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    • Mon petit doigt m'a dit

      Et moi j’ai lu ton commentaire trop vite ;) La double texture aurait dû me mettre sur la voie, parce que chez nous aussi, la plupart du temps, il faut que les aliments choisissent leur camp ! Je me suis dit que tu faisais peut-être des assiettes avec du croquant d’un côté et du mixé de l’autre :)

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