Je ne voudrais pas crier victoire trop vite mais ma fille, à presque 2 ans et demi, commence à faire des progrès en matière d’alimentation. J’ai l’impression que son réflexe hypernauséeux a reculé de manière significative.
Petits gâteaux secs, carreaux (et non plus copeaux) de chocolat, fromage blanc sans adjonction d’eau, pâtes, petits cubes de fruits frais, têtes de brocolis… ma fille ose manger de nouveaux aliments, qui plus est sous forme de morceaux. Cela dit, ces morceaux restent très petits, les quantités restent minimes, et le moindre rhume re-sensibilise toute la cavité buccale avec vomissements à la clé au moment de la mastication. Mais, lorsque je regarde dans le rétro, je vois que les choses ont avancé dans le bon sens.
C’est, je pense, le fruit de plusieurs choses : les effets positifs des massages que nous faisons depuis 8 mois maintenant, de plus en plus amples, de plus en plus longs et très bien tolérés. Il y a eu aussi une grosse gastro qui nous a fait bien peur (avec pour la demoiselle déjà pas très épaisse une perte de presque 10% de son poids et un tour aux urgences), car en plus des vomissements directement liés à la gastro, le goût de l’ultra-levure la faisait vomir, le goût de la solution de réhydratation la faisait vomir, la texture du Smecta la faisait vomir. Instantanément. Et bon bref, une fois rétablie, notre fille s’est mise à avoir faim, à réclamer à manger, à vouloir goûter des choses : une situation complètement inédite pour nous. Et enfin, ma fille s’est mise à refuser catégoriquement ses sempiternelles purées, par lassitude j’imagine. Alors j’ai complètement troqué mes purées – pourtant bien nourrissantes – contre des petits morceaux. Tout en conservant bien l’Infatrini prescrit par la pédiatre parce que niveau apports caloriques, les morceaux picorés ne pesaient pas bien lourd.
Et force est de constater que l’espèce de chape de plomb qui pesait sur les repas est en train de se désagréger, lentement mais sûrement. Ce qui ne m’empêche pas de toucher du bois.

Voilà ce qui fonctionne bien chez nous et qui facilite grandement l’absorption des morceaux :

Portionner et couper

Je présente tout en petites quantités :

  • objectivement, ma fille mange encore peu ; l’idée est de ne pas lui mettre la pression avec une assiette géante, de ne pas gaspiller outre mesure et de la voir sourire de fierté quand elle vient à bout de son plat.
  • pour des raisons qui m’échappent encore, de temps en temps, elle est capable d’accumuler des fourchetées dans la bouche sans avaler pour autant. Tout s’embouteille dans la bouche avec un crachouillis à la clé (au mieux) ou  un vomi (au pire). Alors je régule en amont en lui servant son plat en plusieurs fois, en m’assurant que la bouchée précédente a bien été ingurgitée.
  • enfin je coupe tout en petits morceaux et lui apprends à bien se servir de ses couverts (en plastique encore) pour subdiviser elle-même ce qui lui semblerait trop gros : l’absorption est vraiment facilitée quand les aliments sont finement coupés ou émiettés. A titre d’exemple, chez nous les quartiers d’orange sont coupés en 4 ou 5 petits morceaux, et les pâtes en 3.

Surcuire

C’est surtout valable pour les légumes : dès qu’ils sont fondants, ils passent l’épreuve de la déglutition haut la main. S’il y a trop de « mâche », comme on dirait chez Top Chef, c’est un échec cuisant. Brocolis, chou fleur, pommes de terre (par ordre de préférence chez la demoiselle, incroyable mais vrai !) : mon cuiseur vapeur tourne plus que pas assez, transformant la cuisine en hammam par la même occasion.

Huiler

Si un aliment colle, adhère à la langue, le haut-le-coeur est instantané, et la bonne volonté pour se resservir est alors un peu émoussée, ce qui est compréhensible.
Moralité, le gras est mon ami. Et comme ma fille est très bas dans les courbes de poids, on peut se permettre de bien beurrer ou huiler les aliments. Chez nous les pâtes sont cuites version ultra fondantes (cf plus haut), sont bien rincées après cuisson pour éliminer l’amidon qui resterait, et huilées pour les lubrifier au maximum.

Congeler

Le congélateur est mon allié :

  • Servir de petites portions n’empêche pas de cuisiner des quantités normales : je prélève ce qui sera mangé dans la foulée et congèle le reste. Les cakes sont cuits dans des moules à muffins, la plâtrée de pâtes est subdivisée dans les alvéoles du Multiportions silicone de Béaba, la quiche est coupée en 16 parts et tout part au congélateur.
  • Et cela me permet d’avoir des jokers en permanence. Car je congèle ce qui a le plus de succès. Si le nouvel aliment que j’introduis au moment du repas ne fonctionne pas, je sors l’un des plats « best-of », je décongèle en deux temps trois mouvements, et on peut rapidement reprendre le cours de notre repas.

Manger ensemble

Auparavant, je faisais manger ma fille puis je m’attablais une fois qu’elle était couchée (pour sa sieste ou pour la nuit). Mauvaise idée, en définitive. Parce que je focalisais mon attention sur elle, ce qu’elle devait certainement sentir, et je ne lui montrais pas vraiment que moi aussi, dans la vie, je mangeais, ni comment je procédais.
Depuis, mon fils est né, ils sont donc au moins deux à table, et je me suis jointe à eux.
D’une, le comportement de ma fille n’est plus le sujet principal du repas. Je dois dorénavant donner aussi la béquée à mon fils, et manger moi-même. Et je pense que la pression est tombée : chez elle, chez moi.
De deux, il y a un certain mimétisme qui opère entre les deux enfants. Sauf que chez nous c’est la plus grande qui mange un boudoir pour faire comme son petit frère ;)

Prendre son temps

Il ne faut pas se mentir, manger avec un enfant qui a des difficultés pour s’alimenter ne se fait pas en une demi-heure top chrono. A la maison, on s’attable de 11h30 à quasiment 13h00. Je dois avouer que mon congé parental m’aide grandement à prendre tout le temps nécessaire pour que ma fille puisse manger à son rythme. Couper menu menu, distribuer les portions au compte-goutte, patienter pendant le temps infini de la mastication, tendre un verre d’eau si une bouchée menace de tout faire déborder,  congratuler, proposer autre chose… Ah l’absorption des morceaux, ça se mérite !
D’où l’avantage d’être plusieurs autour de la table : pendant que ma fille vient à bout de son repas, je peux en parallèle faire manger mon fils, le laisser s’approprier sa tasse à bec ou des jouets de mastication que je lui donne à la fin du repas (chat échaudé craint l’eau froide n’est-ce pas), lui donner un petit boudoir en guise de dessert bonus. Et je mange aussi donc, souvent un plat qui a bien eu le temps de refroidir, mais ce n’est pas grave, au moins je mange, ce qui n’a pas toujours été le cas tant j’avais l’estomac noué.

Cuisiner pour soi

J’ai arrêté de cuisiner un plat spécial pour ma fille. Exit la purée qui l’insupportait donc, mais exit aussi le petit plat mitonné spécifiquement pour la demoiselle et qui ne remportait aucun succès : rien de plus frustrant. Et finalement c’est en voyant le contenu de mon assiette que ma fille a envie de goûter tel ou tel aliment. Certainement aussi parce qu’elle a en ce moment un esprit de contradiction bien marqué. Conclusion, je commence par apporter mon assiette bien pleine, puis la purée de son frère et au bout de quelques secondes à peine j’entends « je veux goûter ça ». C’est là que je transfère une partie de mon assiette dans la sienne et qu’elle se met à manger. Pareil avec le yaourt que je me réserve faussement. Pour le dessert on est un peu plus complices, on se partage une assiette de cubes de fruits (kiwis, oranges ou poires…), chacune piochant à son tour.

Voilà, ce n’est pas complètement gagné encore, mais ici, pendant que certains mâchent mieux, d’autres respirent mieux. Et ça fait du bien !

A propos de l'auteur

Trentenaire pour quelques petites années encore, lyonnaise d'adoption, maman de deux enfants, en quête perpétuelle de bons plans pour se simplifier la vie !

2 Responses

  1. Mélanie

    Que de bonnes nouvelles !! Je suis très contente pour vous, à très bientôt :)

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