Dans la mesure où sur mes deux enfants l’une présente un syndrome de dysoralité sensorielle et l’autre non, il m’est facile de comparer leurs comportements.
Il m’est aussi plus facile, à la lumière de l’évolution tout à fait classique de notre fils, de constater a posteriori qu’il y avait des détails qui clochaient chez notre aînée… sans qu’on y ait prêté attention sur le moment, parce qu’inexpérimentés dans notre nouveau rôle de parents.

La relation à la nourriture

C’est la différence la plus manifeste, sans surprise. En résumé, mes enfants sont de parfaits opposés sur le sujet :

  • L’un commence à manifester des signes d’impatience dès que l’heure du repas approche ; l’autre n’a jamais faim et doit souvent se faire prier pour venir à table.
  • Le plus petit mange vite, seul et en bonnes quantités ; la plus grande mange très très lentement, joue avec tout ce qui lui tombe sous la main, doit se faire aider pour manger (car elle se lasse, abandonne ou nous met vraiment trop en retard), et absorbe des quantités minimes.
  • L’un a intégré les nouveaux aliments et nouvelles textures selon une progression standard ; l’autre a commencé à tolérer les morceaux avec une bonne année de retard. Finalement, comme mes enfants ont 18 mois d’écart, que la première a évolué à pas de fourmis quand le second a fait le chemin à pas de géants, ils se sont rapidement mis à manger les mêmes plats. Très pratique pour la préparation de repas !
  • Quand j’ai vu ma fille mâcher pour la première fois et avaler quelque chose de solide, c’était il y a quasiment un an, j’en avais les larmes aux yeux, c’était un torti. Mais à la réflexion, c’était un petit machouillis bien léger et une pâte avalée à la hâte. La première fois que j’ai vu mon fils mâcher, honnêtement, j’ai trouvé ses mouvements presque excessifs. Je me suis même demandé s’il n’était pas en train de fayoter sous mes yeux ébahis. Mais non.
  • Dans la série, mon fils tâte avec ses doigts (et malaxe carrément) tout aliment nouveau avant de le goûter (coucou la main dans le pot de yaourt !). Pas ma fille. D’ailleurs, quand elle a les mains sales, elle a toujours cette drôle de posture, les doigts écartés, incapable d’attraper quoi que ce soit. Je pense que si je tombais les deux mains dans une bouse de vache, j’aurais la même pose ;)
  • Enfin, la réaction aux bouchées désagréables n’est pas du tout la même. Je passe vite sur la fréquence de ces réactions (quotidiennes, voire pluri-quotidiennes à l’époque pour ma fille, mensuelles tout au plus pour mon fils). Ma fille avait un haut-le-coeur et vomissait. Mon fils quant à lui fait une grimace et crache. Puis il dit un truc qui ressemble à « beurk » tout en me lançant un regard courroucé pour me dissuader d’insister. Autant que je me souvienne, ma fille vomissait mais restait impassible.

Mâchonnages

Quand elle était petite, ma fille n’a jamais rien mâchonné, même en pleine période de poussées dentaires. Sophie la girafe n’a servi que de klaxon, les pages des livres sont restés intactes, aucun jouet n’a la trace de ses dents. On se disait, fiers comme des papes, qu’on avait une petite fille utlra soigneuse. Elle s’est mise très tôt à dessiner, à bien tenir son stylo du bout des doigts, à recapuchonner proprement les feutres. Bis repetita sur le couplet de la petite fille ultra soigneuse.
Puis le frérot est arrivé. J’ai dorénavant des compétences pointues en restauration de livres tellement j’ai réparé ceux qu’il a boulottés ; je dois l’exclure immédiatement de l’atelier dessins parce que le feutre, il préfère le goûter (si bien qu’il repart jouer, vexé MAIS semi-moustachu, par rapport au tatouage péri-oral qu’il a eu le temps de se faire avant que je n’intervienne), et j’ai un carton où je mets en quarantaine tous les petits objets ou petites pièces qu’il risquerait de gober dans sa frénésie de vouloir tout porter à sa bouche (ainsi la Charlotte aux Fraises de la grande soeur est une va nu-pieds pour le moment, mais c’est temporaire).

La maladresse

Notre fille est très très maladroite. On pensait au départ qu’elle tenait ça de moi, ce qui ne nous a pas choqués (la première fois où j’ai été invitée chez le futur homme de la maison, je me suis vautrée dans les escaliers de la gare, sous ses yeux évidemment, et à peine arrivée, j’ai renversé mon verre sur le canapé, autant dire que j’ai annoncé la couleur sans trop attendre). Mais en fait, rien à voir. Contrairement à moi, ma fille a le compas dans l’oeil. C’est juste qu’elle n’attrape pas franchement les choses. Elle fait tout du bout des doigts, comme si elle manipulait un truc dégoûtant et nocif (du crottin radioactif ?). Ainsi, la table du repas, le sol et ses habits font bien souvent les frais de tout ce qu’elle peut faire tomber. Elle pince le rebord du verre pour l’attraper, elle effleure son pot de yaourt plus qu’elle ne le maintient (et pourtant, il ne sort pas du frigo : je le fais tempérer dès le début du repas), et elle a tendance à se débarrasser à la hâte des ustensiles utilisés (et donc sales) plutôt qu’à les déposer avec douceur : elle les jette presque pour être honnête, le plus loin possible sur la table. Sur ces points-là, je la reprends : certes nous sommes à la maison et nos couverts sont en plastique, mais quand elle ira à la cantine, je n’ai pas envie qu’elle passe pour la maladroite et la malpolie de service.
Là où j’ai vu une vraie différence avec son frère, c’est en faisant de la pâte à modeler. Ma fille en fiche de partout, la moitié du pot est répandue en miettes par terre (elle ne cherche pas à rassembler les morceaux ou alors elle les presse avec une force de mouche, ce qui ne suffit pas à les coller entre eux), et surtout je dois encore lui façonner des boules et des serpentins. Mon fils, en deux séances, pétrit à qui mieux mieux, n’en perd pas une miette, au sens propre, et a même constaté que la PlayDoh a vraiment mauvais goût (ce n’est pas faute de lui avoir interdit et d’avoir été réactive !).

La réaction aux rhumes et autres tracas de santé

Quand elle était petite, à chaque rhume, ma fille vomissait.
Non pas à cause des glaires, pour la simple et bonne raison qu’il n’y en avait pas systématiquement ; et s’il y en avait, les éventuelles quintes de toux grasse n’avaient pas l’exclusivité des vomissements : c’est chaque repas qui était l’occasion d’un remplissage du seau à vomi.
C’est que les épisodes viraux s’accompagnent immanquablement d’un accroissement de l’hypersensibilité de la bouche. A table, ce qui passait habituellement plutôt bien (yaourt, biberon, compote) repartait illico presto en sens inverse. Et si par miracle le repas restait en place, ce sont les médicaments qui provoquaient des vomissements. Antibiotiques, doliprane, probiotiques (mais aussi vitamines, smecta, solution de réhydratation… Tout). Même scénario pour chaque poussée dentaire.
Avec le recul, les premiers mois ont été franchement compliqués. Et quand certains haussaient les sourcils parce que j’étais trop précautionneuse en matière d’hygiène, ou pire, me disaient qu’il fallait bien que ma fille se fasse une immunité, je prenais sur moi et je pensais très fort : plus tard l’immunité s’il vous plaît ; quand elle saura courir aux toilettes pour aller vomir. La bonne nouvelle c’est que ma fille ne vomit plus pour un rhume, elle mange moins et a éventuellement des haut-le-coeur, mais elle garde tout, et c’est un vrai soulagement !
Chez mon fils, en cas de rhume ou de dent qui pousse, on a toujours été sur des effets basiques. Une perte d’appétit, c’est indéniable, un refuge vers des aliments plus faciles à ingurgiter (compotes, yaourts) mais pas de vomi pour autant. Et c’est sûr que les rhumes version nez-bouché-point-barre, en effet, y a pas de quoi en faire une montagne.

Une (in)sensibilité qui m’échappe

Ma fille est très sensible de la bouche, du visage, des mains, je me répète MAIS il y a deux phénomènes que je ne comprends pas.
Elle a une propension incroyable à se barbouiller le bas du visage sans que cela ne la gêne. Elle a le menton qui dégouline littéralement de yaourt sans que les gouttes qui coulent ne la dérangent. Alors que pour ma part, c’est le genre de truc qui me chatouille et que j’essuie sans attendre. Elle reste donc stoïque face à ce torrent qui se forme sur son menton, mais se hérisse si je lui demande de rattraper le coup avec son doigt… Mystère.
Deuxième chose qui ne la dérange pas : que ses molaires soient cerclées par un aliment coincé. Un bonbon qui colle aux dents ? Aucun problème. C’est moi qui m’en aperçois au moment du brossage de dents. Pour ma part, un truc coincé ou qui colle m’horripilent au plus haut point.
Je me pose peut-être des questions inutiles mais je ne comprends pas pourquoi, elle qui est si sensible par ailleurs, résiste sans problème à ces désagréments. Est-ce que le contrôle de la déglutition la fait se focaliser sur les zones prioritaires (langue, palais) ? Est-ce que le reste est tellement désagréable que ceci n’est que du pipi de chat ? Je n’en sais rien. Mais quand le frérot a un truc coincé dans une dent, il se fourre toute la main dans la bouche et me fait comprendre que je dois intervenir. En revanche, niveau barbouillage, il bat sa sœur haut-la-main. Il se fait des masques qu’il applique en couches généreuses, masque capillaire inclus ;)

A propos de l'auteur

Trentenaire pour quelques petites années encore, lyonnaise d'adoption, maman de deux enfants, en quête perpétuelle de bons plans pour se simplifier la vie !

6 Responses

  1. Angel

    Bonjour.
    Il est incroyable comme nous avons des enfants similaires question comportement. Pour l’instant nous ne pouvons pas encore faire de comparatifs entre nos enfants question alimentation. La deuxieme a 7 mois. Mais elle est nee avec 300 grammes de plus. Et maintenant fait 500 grammes de plus au meme age. Ca fait bizarre de voir une courbe dans la moyenne et non pas dans le bas.
    Nous continuons les massages, plus ou moins aciduement. Mais ca fonctionne, apres un episode de fievre de 5 jours a 39 une irruption de boutons de roseole, forcement l’appetit etait diminué. Mais ca va mieux. On est surprit meme depuis 3 jours. L’orthophoniste nous a dit de choisir un legume par soir et de le proposer toute la semaine pour 2 ou 3 morceaux. Apres avoir dessiner 4 legumes. Le tirage au sort designe brocolis. Negociation. On change. Carotte. Ca m’arrange. 1 er soir. Impeccable 3 morceaux. 2eme soir. Negociation. Tomate cerises. Oui c’est pas trop la saison. Mais ca passe bien. Tjs coupees en 2 depuis qu’il a faillit s’ettouffer il y a 1 an. Depuis tomates le soir. D’abord 10 tomates dans un ramequin, parce que dans une assiete c’est moins drole. Et quand non seulement vous vous battez pas pour qu’il mange, mais que en plus il vous en demande un ramequin encore plus plein. La larme est prete a couler. Ensuite des pates pleines de beurre, un yaourt a boire. Une heure apres, des bonbons et un pain au chocolat entier. Avec mon mari on s’est pincés…
    Que s’est il passer? La dent qui mange tout aurait-elle poussee d’un coup? Est ce que le fait que la maitresse le prenne dans un coin lui faire la morale? Parce que monsieur n’a pas voulu manger les crepes de la chandeur faites en classe. Ni le midi. Ni du pain ni rien. Resultat il a dormi sur son bureau… la honte le lendemain matin quand la maitresse vous annonce ca. Surtout que monsieur a repondu en disant qu’il mangeait que les crepes de sa maman… ca fait plaisir a entendre mais ya des limites…
    Vous avez ete tres inspiree pour publier autant d’articles. C’est tjs un plaisir de vous lire.
    A bientot

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    • Mon petit doigt m'a dit

      Bonjour Angel, merci pour votre message, ça me fait plaisir !
      Que de progrès pour votre fils, c’est super, vous devez être contente ! Vous avez bien raison pour les tomates cerises, je suis aussi très vigilante sur les petits aliments, pour avoir failli m’étouffer étant petite…
      Vous avez pu parler du problème à la maîtresse pour qu’elle ait toutes les cartes en main ?
      Ici les repas sont compliqués depuis 15 jours, certainement à cause des rhumes, mais ça commence à être long !
      A très bientôt, et bonnes vacances :)

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      • Angel

        Bonjour.
        Oui la maitresse joue le jeu. Elle le fait gouter, et si il aime pas, il n’est pas force d’en manger. Elle lui donne des granules d’homeopathie que le medecin nous a donner. Apparement ca marche, enfin il les a eu 2 jours, ensuite c’etait les vacances.
        Nous remarquons que depuis peu il a envie de gouter un peu a tout. Dans les magasins il est attire par les degustations de fruits, nous avons gouté ananas, clementines.
        Une autre astuce trouvee ce midi, la cuillere pour boules de melon. Et bien nous nous en sommes servis pour qu’il fasse des boules de kiwi, moins pratique je l’avoue mais le coeur et l’enthousiasme y etait. Et ca a bien marcher. Je pense que ca peut marcher pour a peu pres tout, il faut juste que ce soit un peu solide.
        Je vous souhaite une bonne saint valentin. Passer un bon repas. A bientot

      • Mon petit doigt m'a dit

        Bonjour Angel, c’est décidément très positif, que de nouveautés qui doivent vous faire plaisir !! C’est une bonne idée les billes avec la cuillère à melon ! Chez nous le diamètre reste encore trop gros, mais je ne perds pas espoir et garde votre astuce sous le coude ;) Passez un très bon week-end également et à bientôt !

  2. Petroux Véronique

    Bonjour, je viens de découvrir votre blog. Maman d’un petit gars de 6 ans qui souffre de sds, je me retrouve pleinement dans votre témoignage. Mon petit gars ne mange que des pâtes saupoudrées de cacao et de gruyère, des crêpes au sucre, de la mousse au chocolat, des cerises, des mûres, des kiwis, des céréales au chocolat et toutes sortes de bonbons ou friandises chocolatées. Je n’ai pas trouvé de récipient remplaçant son bib et le petit déjeuner mis dans un bol entraine rejet et haut le coeur. La nourriture des autres le dégoute et les odeurs l’ agresse continuellement. Il a plus peur d’une baguette de pain que du loup. Quand les autres parents apprennent à leurs enfants à manger proprement, moi je rêve qu’un jour il se barbouille le visage en mangeant un plat de lasagne. pour le moment il accepte de préparer quelques plats mais du bout de la fourchette. La nourriture est magique chez nous elle saute sur les enfants donc il faut l’éviter cela est trop dangereux. Il est né avec une fente labio palatine et cela a longtemps empêché que l’on comprenne le vrai souci. Lasse de l’incompréhension des gens (je suis déjà contre le gavage des oies alors les enfants !), d’en apprendre aux professionnels chez qui on frappe quand on a plus de réponse, car ils n’en ont pas plus. Mon fils en ait à m’expliquer que son alimentation c’est « son environnement naturel à lui » c’est un grand scientifique du haut de ses 6 ans. Alors merci de me donner de l’espoir et vos trucs astuces, ce sont des aides incroyables pour une maman comme moi, usée par ses combats du quotitien.

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    • Mon petit doigt m'a dit

      Bonjour Véronique, et merci pour votre message, qui me touche beaucoup. Je peux tellement comprendre ces moments vraiment pas évidents des repas et l’incompréhension ambiante… Ou, dans la série aussi, les discours qui minimisent le problème, ce qui a tendance à m’agacer, car oui, il faut reconnaître qu’il n’y a rien de gravissime mais c’est exactement ce que vous dites : au quotidien, c’est usant. Mais en même temps, qu’est-ce que ça fait du bien de se sentir moins seule, de se dire qu’on n’est pas des cas isolés ! Alors merci pour votre commentaire, merci d’avoir pris le temps d’écrire ici. C’est rigolo en effet, on a des espoirs qui peuvent sembler bien étranges : je rêvais quant à moi que ma fille réclame un happy meal ;) Je vous souhaite bon courage pour continuer à accompagner votre fils dans ses progrès, aussi infimes soient-ils sur le moment, et je vous assure que petit à petit la situation évolue… Courage à tous les deux et à très bientôt j’espère !

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